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Testament de prophètes...

16.07.2019

Les confrères tombés à Kongolo le premier janvier 1962 vivaient une période de la mission particulièrement complexe. Une époque charnière, où les repères changeaient.

Deux des martyrs, quelques jours avant le massacre : à gauche : Roger Jaeckens, à droite : Jean Marie Godefroid.

Deux des martyrs, quelques jours avant le massacre : à gauche : Roger Jaeckens, à droite : Jean Marie Godefroid.

En Eglise : depuis 1959, on préparait activement, fébrilement même, le Concile Vatican II. Jean XXIII fut un pape « de transition », mais dans le sens fort : il ouvrit les fenêtres de l'Eglise pour faire entrer un air frais. L'Eglise retrouvait son rôle et son profil : servante et pauvre, heureuse d'être au service des hommes de ce temps. Ce fut une mutation profonde, et cela ne s'improvise pas.

Au Congo, l'Eglise avait ses premiers évêques africains. Des prêtres, des religieux et des religieuses donnaient beaucoup d'espoir. A Kongolo, il y avait une trentaine de missionnaires spiritains et 7 prêtres diocésains. Les 32 sœurs européennes ont dû être évacuées. Restent 31 sœurs africaines, de la congrégation des sœurs de Kongolo, fondée par Mgr Hazaert et suivie avec beaucoup d'affection par Mgr Bouve, qui lui avait donné une impulsion décisive.

Autre changement : celui de l'indépendance. Elle ne se passa pas bien, puisque le désordre et l'insécurité s'installent rapidement. La riche province du Katanga veut une sécession, dont les enjeux ne sont pas que politiques... Nombre d'européens quittent la région quand le cartel Balubakat fait régner la terreur. Les missionnaires restent, vivent plus pauvrement et dans l'insécurité, ils s'encouragent mutuellement, ils pratiquent les gestes de service. Leur mission devient moins langage et proclamation explicite que simple présence aux côtés de plus pauvres.

Les martyrs de Kongolo. Montage Vervoort

Les martyrs de Kongolo. Montage Vervoort.

Bas-relief (bois sculpté), fait par un artiste de Kongolo, dans les années qui ont suivi le massacre. Il est conservé à Gentinnes et rappelle le massacre.

Bas-relief (bois sculpté), fait par un artiste de Kongolo, dans les années qui ont suivi le massacre. Il est conservé à Gentinnes et rappelle le massacre.

Les confrères n'ont pas choisi ce contexte. Il leur a semblé difficile, impossible même, au moment de l'épreuve, de quitter une population et une Eglise où ils avaient été envoyés et accueillis. Leur fidélité en ces temps de souffrance dit assez qu'ils n'étaient plus des étrangers dans ce pays. Ils suivent Jésus-Christ dans cet amour qui va jusqu'à risquer sa vie pour le peuple. On a l'impression qu'ils passent les derniers jours en Cénacle, dans la prière commune, et se préparent au geste sacré de la vie donnée. C'est la communauté comme telle, unie à Jésus, qui donne sa vie.

A relire le courrier des derniers mois avant le massacre, on a l'impression nette qu'il y a eu un mûrissement, un approfondissement, un passage progressif. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Le martyre est ainsi une fidélité qui va jusqu'au bout de la mission reçue, dans l'amour et l'abandon total.

Les frères de Kongolo ont eu des intuitions prophétiques, qui sont le testament qu'ils laissent à leur congrégation. Ils nous précèdent sur la route de la mission qui est essentiellement témoignage par la qualité de notre vie.

auteur: Père Joseph Burgraff, CSSp

 
 

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