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Revenir aux sources de la Mission.

02.12.2019

Même si le mois d'octobre avec son temps changeant nous oblige à revoir nos emplois de temps, cette année-ci le pape François nous fait sortir de notre sérénité de croyant en nous invitant à revenir aux sources de notre baptême et à prendre conscience de notre envoi en mission qui en découle.

P. Michel Huck, CSSp, Provincial de Province Europe.

P. Michel Huck, CSSp, Provincial de Province Europe.

Le mois extraordinaire sur la mission veut nous bousculer à sortir de nos retranchements et nous pousser à sortir pour aller à la Mission. Mais attention, il n’invite pas à poursuivre une nouvelle utopie. Il ne rêve pas d’un impossible état d’unanimité, Le pape nous parle de diversité, du plein accueil et du respect de la diversité aux divers plans spirituels, culturels, intellectuels de l’humanité du 21e siècle. Il suggère un aménagement de la Mission qui tienne compte de tout ce qui déjà est en attente et en préparation. Il se peut qu’une pareille approche nous dérange un peu dans nos méthodes, nos visées pastorales et dans notre vie en communauté religieuse missionnaire! Ce mois a été pour nous l’occasion de revisiter nos fondamentaux dans notre propre «vie spiritaine».

Consacrés à l’Esprit Saint

Une de nos références dans notre vie de spiritains est d’être consacés à l’Esprit Saint. Cette intuition portée par nos deux fondateurs Claude Poullart des Places et François Libermann nous fait comprendre que c’est l’Esprit Saint qui inaugure véritablement le temps de l’évangélisation et que c’est dans cette dynamique que nous avons à inscrire nos vies. C’est Lui qui rend nos cœurs réceptifs à sa paix et nos personnes fécondes en gestes de réconciliation et de paix. Suivant avec fidélité ses voix la nouveauté fait irruption dans nos schémas de pensées et d’action, les résistances et les murs de division tombent pour élargir les frontières et ouvrir de nouveaux chemins d’humanité et de fraternité. Vivant de cette consécration, nous acquérons le don de la « parresia », du courage de prononcer une parole claire, libre, efficace, pleine d'amour pour le Christ et pour les frères. Comme spiritains nous devrions être ces hommes d’alliance confiants anxieux de participer à un témoignage missionnaire capable de rayonner au-delà de la frontière un amour exaltant capable de changer définitivement les périphéries du monde. Le chemin de la prière faite ensemble pour porter cette consécration devant Dieu nous amène à surmonter solitude et suspicion et nous ouvre notre cœur à la communion qui surmonte toute peur. Redire notre consécration à l’Esprit Saint nous fait entrer dans une renaissance et une transformation de notre vie dans la joie. Croyons-nous encore assez en cette harmonie nouvelle et dynamisme profond qui nous est offerte par notre consécration. Seule l’ouverture à l’Esprit Saint nous donne l’’impulsion missionnaire nécessaire qui nous pousse à consumer notre vie au service des autres et de Dieu.

En communauté évangélisatrice

Un deuxième point que nous avons à revisiter quand nous réfléchissons sur notre identité spiritaine est l’option forte et clair pour vivre notre témoignage de baptisé en communauté. Pour Libermann, cet amour fort et désintéressé qui donne l’impulsion à la vie missionnaire s’exprime avec clarté dans la rencontre des pauvres, dans l’évangélisation, mais aussi avant tout dans et par la vie communautaire. A Monseigneur Cadolini, alors secrétaire à la propagande, il écrit le 27 mars 1840 : «Le plan de vie que nous proposons, et auquel nous attachons même la réussite de notre entreprise, c'est la vie de Communauté. » C’est un « Plan pour bien réussir » précise-t-il. Pour Libermann la vie communautaire n’est pas simplement vivre sous un même toit et autour d’une même table, elle se situe aussi à la confluence d’une fidélité à la mission reçue de Jésus et du besoin de la sainteté de ses envoyés. La communauté dans tout cela doit faciliter la façon de vivre cette contemplation du mystère de Dieu qui veut sauver les hommes réunis en peuple auquel appartiennent aussi ses envoyés. Elle doit pouvoir aider chacun à réaliser le travail apostolique conformément à la volonté de Dieu. Elle devient par là même aussi instance de discernement pour la continuation de la mission. En 1847, il écrira à la communauté de Dakar. « En vrais hommes de communauté, vous devez pourvoir à votre sanctification propre et à celle de vos chers confrères et frères; vous devez donner le bon exemple en toutes choses; vous devez être des hommes intérieurs, des hommes d'oraison….. Vivez ensemble dans la paix et l'union de charité la plus parfaite, supportez-vous mutuellement les uns les autres; supportez vos défauts, adoucissez vos peines mutuelles, soulagez vos confrères, ne les jugez pas; aimez-les et soyez doux à leur égard, même quand il leur arrive de vous causer du chagrin. Lorsqu'il vous arrive de n'être pas du même avis que vos confrères, perdez votre jugement dans le jugement général. La ténacité à sa propre conception est un des plus grands maux pour des hommes qui doivent vivre ensemble dans la paix et la charité de Jésus-Christ . » La communauté est donc un lieu qui doit aider chacun à atteindre une attitude de totale liberté, de simplicité et de disponibilité pour accepter les exigences parfois difficiles de l’histoire et des situations compliquées. Loin des modes de vie volontaristes, la communauté doit être lieu de dialogue et de partage où tout se résout avec patience et souplesse. En tout nous sommes invités à obtenir un consensus. Tout repose finalement sur le sérieux et la fidélité intérieure de chacun. En cela la communauté n’est pas là pour subvenir aux besoins de chaque membre comme pour combler un manque, mais bien pour construire chacun dans la fidélité et à faire grandir en lui le zèle apostolique. D’ailleurs, l’importance de cette vie fraternelle et apostolique réaffirmée depuis Libermann se retrouve dans la devise de la Congrégation : « Un seul cœur et une seule âme » (cf. Ac 4,32).

Pauvre pour la mission

Pour nous spiritain la communauté est enfin le lieu de vérification d’une démarche qui veut se situer dans la pauvreté. Tous nous sommes égaux devant l’apostolat, tous nous sommes invités à choisir de suivre le Christ pauvre. Avec cela, le missionnaire de Libermann ne vit que pour Dieu seul et pour le salut des hommes à la façon de Jésus. Nous sommes alors amener à nous oublier nous-mêmes avec tous nos intérêts temporels. Libre pour cette aventure de vie en Dieu, en rien replié sur nous-mêmes et totalement là pour l’autre. Dans ses commentaires, Libermann précise: « Tout ce que Jésus nous a donné doit lui être consacré en vue de cette œuvre de salut: santé, forces, esprit, talents, pensées, affections, résolutions deviendront des instruments entre ses mains». Il s'agit, pour le missionnaire, de se laisser guider par l'Esprit et non pas par l'égoïsme. Sans cette attitude, «peut-être produirions-nous quelques impressions sur les sens et sur l'imagination, mais nous ne produirons aucun bien solide au fond des cœurs» . Cette pauvreté nous ouvre en fait plus parfaitement vers l’abandon et dirige le spiritain vers une humilité consciente. Sans L’Esprit Saint agissant en nous, pas de fécondité missionnaire. L’homme ainsi ouvert à l’action de l’Esprit Saint vit d’une grâce qui l’oriente entièrement vers l’action. Pauvreté et abandon émergent de cette même grâce et font du missionnaire un homme parfaitement apostolique, parfaitement tourné vers le service.

Plus que jamais, après l’invitation du pape à chacun de nous ʺêtre missionʺ, nous avons besoin de rallumer, de faire revivre notre esprit missionnaire et revisiter les fondamentaux de nos fondateurs et de notre congrégation. Aurons-nous pour les aborder le courage du regard pénétrant et lucide, de l’écoute attentive, de l’amitié sincère, du dialogue franc et ouvert, de la compassion effective? Le dynamisme de la mission s’accueille toujours dans la nouveauté et dans la remise en cause. Bonne mission !

auteur: P. Michel Huck, CSSp

 
 

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