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CSSP MISSIONNAIRES VATICAN-II
La Mission spiritaine dans la ligne de Vatican II
(depuis 1968)
Joseph Lécuyer
(1968-1972)Elu en 1968, le P. Lecuyer, expert au Concile Vatican II, redonne une visée théologique à la Congrégation. Un chapitre avec deux sessions, en 1968 et 1969, avait travaillé à « l’aggiornamento » de la congrégation, selon les principes de Vatican II. Un grand effort est donc fait pour situer l’action missionnaire des Spiritains dans la ligne que le Concile venait de tracer : dynamisme apostolique, respect des cultures et dialogue avec elles, respect de toutes les religions et dialogue avec elles, ouverture à l’interreligieux et à l’œcuménisme, collaboration accrue avec les laïcs…
Le généralat du P. Lécuyer sera en premier lieu un temps de « pacification des esprits » après le malheureux intermède de Mgr Lefebvre qui avait tant marqué l’ensemble de la Congrégation et dont les séquelles seront longues à guérir. Il s’attachera aussi à mettre en place les nouvelles structures issues de l’aggiornamento du chapitre général de 1968-1969 ; cela se traduira notamment par une très forte décentralisation de la Congrégation avec des Provinces très autonomes.
Outre le Mexique, marquant ainsi une volonté d’ouvrir
davantage la Congrégation sur l’Amérique latine, il convient de
signaler l'établissement des Spiritains en Éthiopie
Enfin, le début du mandat du P. Lécuyer sera attristé par l’humiliante expulsion des Spiritains d’Haïti, accusés de « subversion communiste » ! Il est vrai qu’ils n’ont jamais fait très bon ménage avec les dictatures en général, et singulièrement celle de la famille Duvalier ; les Spiritains poursuivront leur ministère auprès des haïtiens en partageant leu exil, notamment aux États-Unis.
La guerre du Biafra a été un drame humanitaire où les Spiritains ont été fortement engagés. Beaucoup d’entre aux se mettront au service de la nation igbo et les confrères irlandais le paieront de leur expulsion à la fin de la guerre. Les Spiritains nigérians se voudront les continuateurs du charisme spiritain et il bâtissent la Province du Nigeria, actuellement la plus importante en nombre de la Congrégation. Tous ces Spiritains irlandais expulsés, dont certains sont encore jeunes, iront ouvrir de nouveaux terrains de mission, notamment aux Etats-Unis, au Brésil, au Ghana, au Malawi, en Zambie, et plus tard au Zimbabwe. On renoue avec l’Océanie en ouvrant des champs d’apostolat en Australie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et c’est là encore un défi de plus pour la Congrégation.
Frans Timmermans
(1972-1980-1986)Les deux mandats du P. Timmermans, un homme jeune qui arrive directement de Centrafrique, seront d’une grande portée pastorale pour l’ensemble de la Congrégation. Ils se situent pourtant dans des années difficiles pour l’Europe et l’Amérique du Nord, avec la chute, sinon la disparition en bien des Provinces, des vocations spiritaines ; également, comme beaucoup, les Spiritains connaîtront aussi un important nombre de départs. C’est pourtant à ce moment que sont lancées les « Fondations » car les vocations affluent des pays qui ont été évangélisés par les Spiritains ; jusqu’ici les Spiritains n’avaient que fort peu recruté pour eux-mêmes dans ces pays, préférant, dans la lignée des consignes romaines et de Libermann lui-même, promouvoir et accompagner un clergé local, pour bien asseoir ces Églises. Mais maintenant la vocation religieuse et missionnaire doit avoir sa place dans ces Églises dynamiques et entreprenantes : les Spiritains ouvrent postulats, noviciats et séminaires en de nombreux endroits, et particulièrement en Afrique. Des ouvertures de « circonscriptions spiritaines » se feront en Afrique de l’Est, en Angola, en Afrique centrale, en en Afrique de l’Ouest (anglophone ou francophone), dans le Cône Sud du continent africain ; mais aussi au Brésil ou à Puerto Rico… et ailleurs.
Un aspect important de la dynamique pastorale du généralat de Frans Timmermans est son ouverture à l’internationalité dans la Congrégation. Il fallait en finir avec les missions dépendantes purement et simplement des Provinces du Nord. Le fait qu’arrivent des confrères de toutes nationalités nécessitait un mélange de cultures (et de langues) dans les communautés spiritaines, ce qui n’était pas dans la tradition de l’Institut. Les choses se feront peu à peu, mais on peut dire qu’aujourd’hui, non seulement le principe est définitivement acquis, mais la mise en pratique est effective dans la plupart des lieux, y compris dans la formation initiale.
Poussés par les confrères qui travaillent en Amérique Latine, les Spiritains « découvrent » la dimension « Justice et Paix » de leur ministère (. En réalité ce n’était pas une nouveauté, car que faisaient les Spiritains, depuis les origines, sinon travailler avec les plus pauvres et les exclus de nos sociétés ? Néanmoins, désormais on va réfléchir sur cette dimension et peu à peu l’intégrer dans la spiritualité spiritaine comme l’un de ses éléments constitutifs. Actuellement cet élément Justice et Paix est essentiel dans la vie spiritaine et aucune nouvelle fondation ne saurait plus se réaliser sans qu’il soit pris effectivement en compte.
Il faut signaler que c’est alors que se fait jour l’idée d’accueillir des laïcs qui s’« associent » à la Congrégation selon leur état de vie, mais y puisant un idéal de vie et une spiritualité. L’origine de cette expérience appelée à un grand développement est le Canada.
Parmi les autres éléments qui ont marqué les mandats du P.
Timmermans, il faudrait signaler aussi la mise en place d’une communauté
spiritaine au Pakistan
D’autres fondations se feront avec le P. Timmermans, comme la Guinée-Bissau, l’un des plus pauvres pays de la planète, et de plus décimé par la guerre coloniale. Les Spiritains européens n’oublieront pas qu’ils doivent à ce généralat l’ouverture d’implantation spiritaine en Croatie en laquelle on est en droit de placer de grands espoirs. On peut saluer aussi le reprise de la Province de Pologne, souvent soutenue par les autres Provinces européennes, et malgré les tracasseries de l’administration marxiste.
C’est à cette époque que se situe le drame angolais, avec une décolonisation qui s’est mal faite et une guerre civile cruelle. Beaucoup de Spiritains doivent quitter l’Angola ; beaucoup d’autres seront victimes d’enlèvements et même y laisseront leur vie. Bien des Spiritains d’autres nationalités viennent épauler les confrères portugais courageusement restés à leur poste, et même une Province spiritaine angolaise voit le jour.
Deux évènements d’ordre spirituel touchent la Congrégation, la béatification de deux de ses membres : Jacques-Désiré Laval (1803-1864), apôtre de l’île Maurice, et Daniel Brottier (1876-1936), le père des orphelins. Comme disait justement le P. Timmermans : « le charisme spiritain est chemin de sainteté ». Le premier est béatifié en 1979 et le second en 1984, tous deux par le pape Jean-Paul II.
Pierre Haas
(1986-1992)Un gros travail avait été fait antérieurement pour la rédaction de « Règles et Constitutions » de la Congrégation, rénovées dans l’esprit du Concile et des chapitres qui l’ont suivi ; celles-ci sont sanctionnées par le chapitre général de 1986, le dernier qui se soit tenu à Chevilly, qui élit le P. Hass comme supérieur général ; Rome donne son approbation à la « Règle de vie » spiritaine, le 7 juin 1987. Ce sera une des tâches majeures de la nouvelle équipe générale que de publier, présenter et accompagner cette nouvelle Règle.
Les visites du Conseil général aux différentes circonscriptions prennent de l’importance et c’est un véritable accompagnement qui se met en place. Il faut aussi gérer la pénurie des vocations dans l’hémisphère Nord et le développement de celles du Sud. Après les années de forte expansion de l’époque Timmermans, il faut à présent canaliser toutes ces énergies qui se déploient, rendre plus solides et plus efficientes les nouvelles structures adoptées, enraciner la vie missionnaire spiritaine dans la profondeur de son charisme et de sa spiritualité. Il faut signaler pour cette époque toute la recherche, souvent peu connue, toujours humble, qui s’est faite autour de l’anthropologie et de la théologie de la Mission, de l’étude des sources spiritaines, de la spiritualité spiritaine, de l’engagement dans le domaine Justice et Paix…
Pierre Schouver
(1992-1998-2004)Ce sont de nouveau deux mandats qui seront le lot du nouveau supérieur général issu du Chapitre d’Itaici (Brésil). Lui aussi est arrivé directement de mission, toujours la Centrafique, et sa dynamique missionnaire est évidente. La grande affaire de ce généralat sera la mise en place des circonscriptions du Sud qui prennent désormais une grande place dans la Congrégation. Il faut non seulement créer les structures de fonctionnement adéquates, mais aussi aller vers l’autonomie financière (et ce n’est le moindre problème dans des pays en voie de développement, dont un certain nombre connaissent même la guerre), s’assurer que la formation est de qualité et se fait dans la ligne du charisme spiritain. La Maison généralice elle-même devient de plus en plus un lieu de rencontre interculturelle.
Dans ligne du chapitre d’Itaici, la Congrégation fait une
ouverture sérieuse vers l’Asie, continent éminemment missionnaire
désormais ; les Spiritains ouvrent des champs de ministère aux Philippines
et à Taïwan
Les champs traditionnels de la mission spiritaine ne sont pas oubliés pou autant avec des ouvertures au Mozambique, aux Seychelles, au Bénin et en Bolivie. En revanche l’Amérique du Nord et l’Europe connaissent un « hiver » douloureux : les vocations sont à peu près absentes, les missionnaires européens se raréfient en « pays de mission, en raison de leur âge et de leur santé. L’Europe néanmoins réagit par une intense réflexion sur son avenir et bâtit une solidarité non seulement avec les circonscriptions du Sud, mais aussi au niveau même du continent ; elle va aussi bénéficier de l’arrivée de jeunes confrères du Sud qui viennent comme « missionnaires » sur le vieux continent.
Le chapitre intermédiaire de Maynooth (Irlande), qui a vu la réélection du P. Schouver va lancer d’intéressantes pistes de réflexion et d’action dont la Congrégation vit encore aujourd’hui : accueil des laïcs qui veulent vivre le charisme spiritain selon leur état de vie, souci d’établir des collaborations en tous sens.
C’est sous ce généralat que la Congrégation fête, avec modestie certes mais avec ferveur, le tricentenaire de sa fondation (1703-2003) : bien des choses ont évolué depuis l’humble ouverture du Séminaire du Saint-Esprit, mais c’est toujours le même esprit qui se poursuit : évangéliser le monde, aller aux plus pauvres, soutenir les détresses de l’Église.
Jean-Paul Hoch
(2004…)
On ne fait certes pas l’« histoire » de ce qui se vit
actuellement, mais déjà des éléments se dessinent pour la vie des Spiritains. Le
chapitre général de Torre d’Aguilha (Portugal) a élu encore un missionnaire,
mais venant de … Taïwan, quoique avec un longue expérience africaine et
européenne. Ce chapitre se penchera plus sur l’être spiritain que sur sa mission
et le nouveau conseil général devra travailler dans le sens d’un ressourcement,
d’autant plus que les jeunes fondations n’ont pas la tradition qu’avaient leurs
anciens, même si elles ont leur dynamisme.
On notera déjà l’ouverture d’un nouveau champ d’apostolat en République dominicaine, une redynamisation de la fondation de Croatie. Cette équipe générale a pris au sérieux ce qui se passe en Europe
(notre photo : le fondateur de la communauté spiritaine de Croatie) : un vieillissement patent, une population de plus en plus clairsemée, et néanmoins une volonté de poursuivre la mission, et d’abord sur le continent lui-même dont il n’est que trop évident qu’il est vraiment terre à « missionner ». C’est en ce sens qu’a été créée la « Circonscription Europe » ; son but est de créer des solidarités pour que s’exprime le charisme spiritain en Europe, naissent des vocations à l’universel et persiste la mission sur un continent de plus en plus sécularisé.Contenu général: CSSP MISSIONNAIRES VATICAN-II