CSSP HISTOIRE POULLART LIBERMANN
     De Claude-François Poullart des Places
à François Libermann

« Les Messieurs du Saint-Esprit »

(1709-1848)

 
Cénotaphe de M. Poullart  -  Maison-Mère  - Paris

De la mort de Claude-François Poullart des Places (1709) à l’intégration de la Congrégation du Saint-Cœur de Marie (Libermann) dans celle du Saint-Esprit (10 et 26 septembre 1848), il y a 139 années de fidélité à l’esprit du fondateur, malgré la suppression officielle de la Congrégation par la Révolution Française (1792-1815, mises à part 4 années de rétablissement aléatoire par l’empereur Napoléon Bonaparte). Onze supérieurs généraux ont eu à la conduire, depuis M. Jacques Hyacinthe Garnier, compagnon de Poullart, et que la mort emporta en six mois, jusqu’à Alexandre Monnet, 10ème successeur du fondateur, qui réalisa la « réunion » des deux Congrégations avec le P.Libermann, son propre successeur.

Fondée par Claude-François Poullart des Places pour les postes pastoraux pauvres et délaissés, en France - on ne pouvait pas envisager alors de départ dans les missions lointaines - la Congrégation du Saint-Esprit s’est ouverte à l’aventure missionnaire dès 1732 (Canada) et 1743 (Extrême Orient), réalisant ainsi le désir du fondateur. Depuis ces dates, il n’a jamais manqué de « Spiritains » missionnaires. La Congrégation a été chargée de la Préfecture apostolique de Saint Pierre et Miquelon en 1765, de la Guyane en 1777 et de la Préfecture apostolique de Saint Louis du Sénégal en 1778-1779. Restaurée par Louis XVIII en 1815, elle s’est vue attribuer la desserte des activités pastorales dans les « colonies françaises », jusque aux cinq comptoirs français de l’Inde. L’adjonction de la Congrégation du P. Libermann en 1848 va permettre de développer et d’internationaliser cette vocation missionnaire.

Parmi les dix supérieurs généraux qui ont poursuivi l’œuvre du fondateur, plusieurs ont particulièrement mérité la reconnaissance des Spiritains pour les tâches assumées.

 Monsieur Bouic

M. Louis Bouic, second successeur du Père Poullart qui l’avait reçu dans la communauté spiritaine, la dirigea pendant cinquante trois ans, de 26 à 79 ans, aidé efficacement par le M. Pierre Caris, son économe providentiel pendant quarante-cinq ans ! M. Bouic mena à bien le processus de la reconnaissance légale de la communauté : elle fut définitivement acquise de l’Église, du Roi et des Corps administratifs du Royaume le 30 juillet 1734 : la Congrégation du Saint-Esprit (elle ne concernait alors que les formateurs du Séminaire) avait en charge le Séminaire du Saint-Esprit (dont les élèves étaient connus comme « Spiritains ») ; les « Règlements Généraux et Particuliers » du M. Poullart des Places étaient remplacés par une Règle et des Constitutions, fidèles à l’esprit du fondateur. Entre temps, la communauté s’était transportée de la rue Neuve Saint-Étienne à une propriété que M. Caris avait acquise en son propre nom, 26 rue des Postes - 30 rue Lhomond aujourd’hui - le 4 juin 1731. De son temps viennent le bâtiment de la salle à manger et l’escalier (notre photo).

M. Bouic élargit aussi le champ d’action de la Congrégation du Saint-Esprit (les formateurs) en acceptant la direction d’autres grands séminaires : celui de Meaux jusqu’aux années de la Révolution, et celui de Verdun pendant une dizaine d’années. Il maintint le Séminaire dans sa ligne théologique de refus du Jansénisme et du Gallicanisme. Il encouragea les débuts missionnaires des « Spiritains » vers le Canada avec les Sulpiciens (surtout les fameuses missions parmi les Indiens Micmacs) et vers l’Extrême-Orient avec les Missions Etrangères de Paris. Grâce à l’infatigable dévouement de Pierre Caris, le « saint prêtre » comme on le nommait alors, il conserva fidèlement l’orientation du Séminaire en faveur des séminaristes pauvres et pour le service des communautés pauvres.

 

La Révolution française et l’Empire

M. François Becquet succéda à M. Bouic et présida à la Congrégation et au Séminaire du St Esprit pendant les vingt-cinq années suivantes. Outre ses compétences reconnues en théologie, il poursuivit à grand peine les constructions de la maison et mena à bien le bâtiment le long de la rue Lhomond actuelle, ainsi que la chapelle qui continue de nous servir aujourd’hui (consacrée en 1780). Il accentua l’orientation missionnaire des séminaristes (les « Spiritains ») et y engagea des membres de la Congrégation pour leur donner une expérience utile à leurs responsabilités de formateurs.

Son successeur, M. Jean-Marie Duflos entra en fonction quelques mois avant la Révolution de 1789 ; malgré ses efforts, il ne put empêcher l’Assemblée Législative de supprimer la Congrégation et le Séminaire, et de confisquer tous leurs biens le 18 août 1792. M. Duflos loua en cachette une chambre dans sa propre maison. L’œuvre de Poullart semblait anéantie. Elle avait formé (selon H. Koren) environ 1300 prêtres au cours du 18° siècle, dont env.11 à 14% servirent dans les missions lointaines.

M. Jacques Bertout, le neveu de M. Duflos, reçut de lui la tâche de ressusciter la Congrégation et le Séminaire du Saint-Esprit. Entre 1805 et 1824, il fut supérieur sans aucun mandat régulier, mais tous ses efforts réussirent de redonner vie à ce qui avait été anéanti par la Révolution, puis par Napoléon après quelques brèves années de restitution (1805-1809). M. Bertout commença par un petit séminaire, puis rouvrit le Séminaire du Saint-Esprit, rue Notre-Dame des Champs (1817) avec une quinzaine d’élèves, avant de pouvoir récupérer les bâtiments de la rue des Postes, en 1822. En 1824, il fit approuver par Rome les Règles et Constitutions qui reprenaient celles de 1734, avec dépendance de la Congrégation « de Propaganda Fide » pour la mission de la Congrégation ; il fut alors élu régulièrement 6ème Supérieur général. Tenant bon à travers de constantes malveillances et menaces dressées contre son œuvre, il mourut d’épuisement en décembre 1832 comme un fils fidèle à l’Esprit Claude-François Poullart. « Un des hommes qui ont le plus mérité de la Congrégation », disent les biographies des personnalités spiritaines.

 L’impossible redressement

Pendant treize ans, son successeur, M. Amable Fourdinier, s’efforça de consolider la Congrégation et le Séminaire du Saint-Esprit, aidé par les allocations du Gouvernement, cherchant à préparer les populations noires des Colonies à leur prochaine émancipation. Mais comment garantir un suivi efficace au « clergé colonial » issu du Séminaire et mal soutenu dans ses activités pastorales au loin ?

M. Nicolas Warnet ne fit que tenir les rênes quelques mois, jusqu’à la venue du M. Alexandre LEGUAY, qui n’était pas membre de la Congrégation, mais qui poursuivit les efforts de ses prédécesseurs. Le décret d’affranchissement de février 1848 le prit de court et l’obligea à donner sa démission.

M. Alexandre Monnet, missionnaire à Bourbon (La Réunion), puis 10ème Supérieur général, fut l’homme providentiel qui sauva la Congrégation et le Séminaire du Saint-Esprit en permettant leur « union » à la Congrégation du Saint Cœur de Marie. C’est ainsi que François Libermann, après l’intégration de sa Congrégation à celle du Saint Esprit, en devint le 11ème supérieur général, et le 10ème successeur du P. Claude Poullart, 140 après la mort du fondateur.

 Christian de Mare, cssp


  

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